Sur quelle base décide-t-on des compressions à la SRC?

C’est la station de Moncton, au Nouveau-Brunswick, qui semble la plus touchée à la suite des compressions annoncées la semaine dernière par la direction de Radio-Canada.

150402 Photo_Station MonctonEn effet, sur la centaine d’emplois coupés au réseau français, dix postes sont supprimés à Moncton, au Nouveau-Brunswick. C’est 10 % des coupes dans une seule des 27 stations de télévision de la SRC! Il n’y a rien là pour rassurer les gens de l’Acadie et des communautés francophones des quatre provinces du Canada atlantique sur le niveau de service qui leur sera offert par le diffuseur public…

Il faut savoir que Moncton est la seule station de télévision de Radio-Canada à desservir l’Est du pays en français. Or, pour couvrir l’actualité dans cet immense territoire, il faut des gens. Une armée d’employés comme le disait Patrice Roy lors de l’assemblée publique annuelle de Radio-Canada, en novembre dernier.

On discutait alors de la nécessaire transformation numérique de la SRC et de la difficulté à orchestrer ce changement technologique alors que le nombre de travailleurs pour le mettre en place diminue sans cesse. On avait cité en exemple le virage numérique du quotidien montréalais La Presse, réalisé grâce à une injection substantielle d’argent et une augmentation du personnel de rédaction.

À Radio-Canada, c’est le contraire : le financement public et les revenus publicitaires sont en baisse, alors on se départit du personnel pour dégager une marge de manœuvre budgétaire. Cette dernière permet d’investir dans les nouvelles technologies, mais ce faisant, on sacrifie la quantité ou la qualité de la programmation actuelle…

À la station de Moncton – qui produit également des émissions de radio et du contenu pour le Web –, on a perdu 18 % du personnel de production en un an. Un employé sur cinq a perdu son emploi. Ça veut dire qu’il y a forcément moins de gens sur la route pour couvrir les histoires de ce coin de pays et moins de temps pour faire la recherche, pour trouver des intervenants, pour assurer aux citoyens une information complète et équilibrée.

Même si ce ne sont pas les journalistes qui ont été les plus nombreux à perdre leur emploi dans la dernière année à Moncton, il n’en demeure pas moins qu’ils sont durement touchés par la situation actuelle. Avec 35 % moins de personnel technique que l’an dernier, les journalistes doivent maintenant se charger de la faire leur propre montage ou leur propre mise en ondes, ce qui leur laisse moins de temps pour le travail journalistique, pour vérifier leurs sources.

Radio-Canada est presque à mi-chemin de son objectif de 1500 postes à abolir d’ici 2020. Il ne faudra donc pas s’étonner de la baisse de la quantité ou de la qualité des nouvelles et des émissions locales si rien n’est fait pour arrêter cette purge!

Quand on pense qu’un diffuseur public est avant tout destiné à servir l’intérêt des citoyens, on peut s’inquiéter du fait que Radio-Canada soit en train de manquer le bateau. Le gouvernement devrait s’en rendre compte et à tout le moins assurer un financement adéquat de la transformation technologique actuelle afin que les employés de Radio-Canada cessent d’être utilisés comme une vulgaire marge de crédit.